Son rêve s’est réalisé

 

 Tarcis Ançay a réalisé la course de sa vie.
Il a passé à l’attaque avant l’Hôtel Weisshorn. berthoud

 

SIERRE-ZINAL – Tarcis Ançay avait fait de la reine des courses de montagne son objectif de l’année. Il est atteint. Ricardo Mejia 2e à 2’20’’ et Billy Burn 3e à 3'51"

Il n’y a pas eu de 6e victoire pour Ricardo Mejia à Sierre-Zinal. Vainqueur en 1998, 1999, 2001, 2004 et 2005, le Mexicain a trouvé son maître, cette année. Il s’appelle Tarcis Ançay. A 36 ans, le Fulliérain a réalisé la course de sa vie sur les 31 km et 1900 m de dénivellation de la course. Particulièrement à l’aise dans les conditions difficiles qui étaient celles d’hier – la pluie n’a pas abandonné les concurrents durant toute la course et la neige s’y est mêlée au-dessus de 2200 m! – Tarcis Ançay n’a laissé aucune chance à ses rivaux dès le passage de l’Hôtel Weisshorn pour finalement s’imposer en 2 h 36’09, 24e meilleur chrono absolu de l’histoire de la course. Ne faisant pas dans la demi-mesure, le postier d’Ayer s’est imposé avec 2’20’’ d’avance sur Ricaro Mejia, et 3’51’’ sur Billy Burns, le vainqueur de l’an 2000. Gagnant de Thyon-Dixence en 2005, Bruno Heuberger termine 4e à 4’01’’ d’Ançay et Christian Charrière 5e à 4’52’’. 6e à 6’27’’ Jean-Yves Rey termine deuxième meilleur Valaisan. Le record du Néo-Zélandais Jonathan Wyatt (2 h 29’12 en 2003) n’a pas été approché.

Chez les dames, la victoire n’a pas échappé à la grandissime favorite, la Tchèque Anna Pichrtova. Victorieuse en 2 h 58’42 , elle est restée, elle aussi, à distance respectable du record d’Angéline Joly (2 h 55’35’’ l’année dernière).

Attaque à Tignousa

Longtemps «scotché» à la 4e place derrière Ricardo Majia, Bruno Heuberger et Billy Burns, Tarcis Ançay a passé à l’attaque peu avant l’Hôtel Weisshorn. Revenu progressivement sur le trio de tête entre Chandolin et Tignousa, il a d’abord rejoint le Britannique, puis le Suisse avant de doubler le Mexicain.

 

Pour de bon. «Je ne me suis jamais affolé», dira le brillant vainqueur après avoir été accueilli en héros sur la ligne par sa sœur Marie-Dominique, partie à 5 heures, qui venait de franchir l’arrivée, et son frère Melchior. Par sa famille aussi un peu plus loin. «Mejia est parti très fort, mais quand j’ai vu, à Ponchette, qu’il ne comptait qu’une centaine de mètres d’avance, je me suis dit qu’il y avait un bon coup à jouer. Je comptais sur mes qualités de finisseur pour faire la différence. Je suis revenu progressivement. Quand j’ai rattrapé Mejia, à Tignousa, j’ai poursuivi sur mon rythme. Il s’est accroché, puis il a lâché.»

 

De 10’’, son avance a passé à 20’’ puis à la minute et plus. Au bas de la descente, difficile – «le sol était glissant, mais j’avais de bonnes chaussures» poursuivra le vainqueur – plus personne ne pouvait l’inquiéter. Et ne l’inquiétera d’ailleurs. «A 300 m de la ligne, je savais que j’avais gagné. La fin de la course, je l’ai accomplie dans l’euphorie. J’étais comme dans un rêve. Un rêve que j’avais fait 1000 fois dans ma tête ces dernières années et ces derniers mois. Sierre-Zinal, c’était mon objectif de l’année. Je l’ai atteint. Je remercie tous ceux qui m’ont aidé à le réaliser, ma famille, mes amis, mes copains d’entraînement, tout le monde. Je ne suis pas près d’oublier ce jour. Cette victoire est aussi un peu la leur.»

 

Vainqueur en 2 h 36’09’’, Tarcis Ançay est resté loin du record. Peu importe. «Ce n’était pas mon objectif», poursuivait-il. «Ce que je voulais, c’était gagner. Les conditions n’étaient pas propices au record. Cette victoire suffit à mon bonheur. J’espère qu’elle m’ouvrira des portes.»

Article du Nouvelliste - lundi 14 août 2006 - GÉRARD JORIS.