Le repaire de Tarcis

«C’est ici à Chiboz que j’ai commencé à courir.»
PORTRAIT – Dimanche, Tarcis Ançay fera partie des prétendants à la victoire à Sierre-Zinal. En attendant, le postier d’Ayer peaufine sa forme à Chiboz, sur les hauteurs fulliéraines.
«Avec le recul, je pense que c’est ici que je me suis forgé un physique de
sportif.» Tarcis Ançay remue ses souvenirs d’enfance, traque les origines de sa
passion pour la course à pied. «Je me rappelle bien de ces journées passées avec
mes copains à crapahuter la pente pour redescendre à skis. On n’arrêtait pas, du
matin au soir.»
Le talent d’aujourd’hui doit sans doute beaucoup à ces jeux du passé. L’enfant
de Chiboz a grandi, mais le lieu a marqué l’athlète.
A jamais. On n’échappe pas à ses racines. Tarcis le sait et il les cultive. A l’approche de Sierre-Zinal, le postier d’Ayer a décidé de passer quelques jours à Chiboz. «J’y retrouve mes attaches familiales et le lieu se prête bien pour des entraînements en solitaire.» Une dernière ligne droite faite de verticalités. Un temps pour se ressourcer auprès de ses parents en compagnie de sa fille Vanina. «Lorsque je pars courir, elle me dit «porte, porte», elle voudrait me suivre partout.»
Une carrière en deux temps
La petite gambade déjà sur la petite route qui mène au village. Comme Tarcis à
ses débuts. Lorsqu’il descendait à pied à Fully pour aller à l’entraînement de
foot. Un sport qui a beaucoup compté pour lui à l’adolescence. «J’ai joué à
Fully jusqu’à 16 ans. C’est seulement à cet âge que j’ai commencé à participer à
des courses régionales. Je me rappelle bien de ma première compétition, c’était
lors du Relais de Savièse. J’avais terminé sixième au classement général. Mon
copain Yves Roduit, qui m’avait encouragé à venir avec lui, n’en revenait pas.»
Puis tout s’est enchaîné. Jusqu’au titre lors des championnats d’Europe juniors
de course de montagne en 1989 à Chamonix. Une consécration qui resta pourtant
longtemps sans lendemain. «Par la suite, je me suis un peu cherché. J’ai
progressivement délaissé la course à pied et personne n’est vraiment venu me
motiver pour continuer en élites.»
Le déclic
Nommé facteur en 2000 à Vissoie, Tarcis va progressivement revenir. C’est aussi
l’histoire d’un déclic et d’un pari. «Cette année-là, je me souviens avoir
assisté à l’arrivée de Sierre-Zinal.
J’ai chambré mon ami Jean-Yves Rey en lui disant que je serais de retour très
vite. Ça a agi comme un déclic. Un pari avec mon futur beau-père a aussi titillé
mon ego. Il m’a dit que je ne battrais pas son temps de 2 h 55 et 16 secondes.
Je l’ai pris au mot.»
La passion allait de nouveau se révéler. La foulée à nouveau s’allonger. Sur les
courses de montagne comme sur le plat. «Je me suis toujours considéré comme
coureur de montagne.
Avec mes copains d’enfance on n’envisageait pas ce sport sur le plat. Pour nous
c’était Fully-Sorniot, Fully-Chiboz. On se disait qu’on ferait Morat-Fribourg le
jour où l’on arriverait plus à monter des becquets (rires.» Puis ses qualités de
pistard sont apparues et le travail avec Augustin Genoud, son coach, a fait le
reste. «Le souffle je l’avais, j’ai juste eu à corriger un peu ma foulée».
Aujourd’hui, Tarcis se définit comme un coureur polyvalent.
Objectif Pékin 2008
Une polyvalence qu’il voudrait à nouveau rediriger. «J’aimerais un peu me
défaire de cette étiquette de coureur de montagne. Mon prochain grand objectif
c’est de pouvoir participer au Marathon des Jeux de Pékin en 2008.»
La quête du sésame olympique sera longue, mais Tarcis est prêt à se donner les
moyens de la réussite. «Dès septembre, je vais attaquer la préparation en vue
des sélections de Swiss Olympic agendées à partir de l’automne 2007. L’idéal
serait d’avoir plus de temps pour la récupération. Je suis en train de réfléchir
pour trouver une solution plus souple avec mon travail.»
En janvier prochain, Tarcis s’envolera pour le Kenya en compagnie de Christian
Belz, malheureux quatrième mardi soir lors du 10 000m des championnats d’Europe
à Göteborg. Un athlète qu’il prend en exemple au niveau de la préparation.
«C’est un perfectionniste. Il est très minutieux et va au bout des choses. Il a
raison. La différence c’est que pendant qu’il marque dodo sur son agenda, moi je
note travail...» Mais avant ça, Tarcis espère briller dimanche à Sierre-Zinal.
«Je suis prêt! Je n’ai plus qu’à courir. J’ai tout fait juste au niveau de ma
préparation.»
Son regard empli de détermination ne laisse pas le doute planer.
Article du Nouvelliste - vendredi 11 août 2006 - FLORENT MAY